Pourquoi est-il important de mettre en rétention les eaux incendie ?

Lors de la lutte contre l’incendie, de grandes quantités d’eau sont utilisées. Cette dernière est très polluée. Elle contient des traces de matériaux dissous lors de l’incendie et se caractérise par une forte acidité. Selon les substances qui s’y diluent lors de l’incendie (pesticides, organiques, engrais…), il est important d’avoir une bonne gestion des eaux d’incendies.

Étudions le tristement célèbre exemple français, l’incendie de l’usine de Lubrizol à Rouen en Septembre 2019. Une usine de produits chimiques classée « à haut risque » qui,pour une cause encore inconnue a pris feu.

240 pompiers, 200 camions ont été mobilisés sur place afin d’endiguer l’incendie. Il a fallu 18h pour éteindre le principal foyer avec un débit d’eau de 25 000 L/minute.

Cette énorme quantité d’eaux d’incendies a drainé des hydrocarbures, des solvants et autres produits anti-corrosif dans la Seine, sur les côtes et dans des nappes phréatiques. Une surmortalité de poissons a été observée au niveau d’un bassin en liaison avec la Seine.

« 9500 tonnes de produits toxiques, cancérigènes et mutagènes se sont déversés dans la Seine. Ils ont tué les poissons »

Simon de Carvalho, Président de l’association des sinistrés de Lubrizol (Source: France 3 Normandie)

Une étude « Post-Lubrizol » a permis de faire évoluer la réglementation sur la prévention et la préparation à la gestion des accidents Elle a été réalisée en Octobre 2020. Elle a permis notamment de mieux encadré le stockage de liquides et des solides combustibles qui se liquéfient en cas d’incendies. Elle rend obligatoire un système d’extinction automatique et une zone de collecte des liquides et eaux incendies.

Il est important de mettre en place la rétention des eaux d’incendies pour éviter une nouvelle catastrophe environnementale comme celle de l’entreprise pharmaceutique « Sandoz » à Bâle en Suisse, où 30 tonnes de produits chimiques et toxiques ont été déversé dans le Rhin.

Cette pollution a impacté les stocks de poissons transfrontaliers entre la Suisse, la France, l’Allemagne et même les Pays-Bas situés à environ « 700 » Kilomètres de Bâle.

Atossa est là pour vous conseiller sur les systèmes de rétention d’eaux incendies

Comment est réalisé le dimensionnement de rétention des eaux incendies en France ?

Le dimensionnement de rétention des eaux incendies en France est réalisé grâce à une méthode de calcul qui s’appelle « D9 ». Dans un premier temps nous calculons les surfaces d’activité et de stockage de chacun des bâtiments. Ensuite, nous prenons en compte la hauteur de stockage, la stabilité au feu du bâtiment, la détection incendie et le niveau de risque. Bien sûr, s’il y en a un, le sprinklage du site est pris en compte. Ainsi nous obtenons le débit théorique que le D9 considère comme requis pour l’extinction d’un incendie.

Ce débit est nécessaire pour calculer le volume d’eau incendie théorique à mettre en rétention normé par le D9A. La durée théorique d’un feu est de 1h30 en France et de 2h pour certaines assurances américaines.

Ce débit est nécessaire pour calculer le volume d’eau incendie théorique à mettre en rétention normé par le D9A. La durée théorique d’un feu est de 1h30 en France et de 2h pour certaines assurances américaines.

  • Le calcul du D9A repose sur la connaissance du volume :
    • d’eau nécessaire à la défense extérieure contre l’incendie (calculé grâce au D9)
    • d’eau nécessaire au moyen de lutte intérieure contre l’incendie (sprinkler, déluge…)
    • d’eau liée aux intempéries
    • des liquides présents dans la surface de référence considérée

Un volume de rétention doit être calculé pour chaque surface délimitée par des murs présentant une résistance au feu REI 120 conformément à l’arrêté du 22 mars 2004.

La réglementation D9 et D9A, se base sur des cas théoriques, or chaque industrie est un cas particulier, qu’il s’agit de traiter avec attention. Atossa est là pour vous accompagner.

Nous vous invitons à consulter les nouvelles versions des guides D9 et D9A.

Comment mettre en rétention les eaux d’incendies ?

Nous avons vu l’importance de retraiter les eaux incendie et la façon de calculer un volume théorique de rétention. Attardons-nous sur les différentes techniques de rétention possibles, intérieur comme extérieur.

  • La rétention batimentaire nécessite des parois, un sol et des portes étanches et se caractérisent généralement par une hauteur de rétention faible.
  • Sur un site neuf, on privilégiera un bassin de rétention en extérieur.
  • Parfois, seule la rétention sur site est possible, c’est-à-dire sur l’ensemble des espaces étanches (intérieur du bâtiment, voirie, parking…)

Moyens de rétention en bâtiments

Barrière de rétentions automatiques

Barrière de rétention automatique sectionnelle

La barrière est tenue dans sa position de repos par un électro-aimant ou par un cylindre pneumatique, au-dessus de l’ouverture de porte. La barrière se met en marche suite au signal de la centrale d’alarme, par un détecteur de liquide (en option), par une interruption de courant ou par déclenchement manuel.

Elle nécessite une hauteur libre au droit de la porte d’environ 40 cm + hauteur de rétention.

Elle présente une fragilité de conception du fait de son rail. Fragile, il doit être maintenu en bon état tout du long.

Le budget associé à ce type de porte est d’environ 25 k€.


Barrière de rétention pivotante

Son fonctionnement est analogue à la barrière sectionnelle. Elle présente cependant un encombrement différent : il faudra prévoir un espace libre sur le côté de la porte d’environ 50 cm + hauteur de rétention.

La barrière peut être à simple ou double battant lorsque la largeur de la porte ou la hauteur de rétention est importante.

Le budget associé à ce type de porte est d’environ 25 k€.


Barrière de rétention gravitaire

Cette solution est autonome et ne nécessite pas d’alimentation électrique.

Il sera nécessaire de préparer le sol avec une réservation de taille suffisante pour accueillir la porte. Il faudra prévoir une profondeur d’encastrement comprise entre 15 et 21 cm en fonction de la hauteur de rétention. La porte permet le passage de chariot jusqu’à 3T5. Elle n’est donc pas adaptée au passage des poids lourds.

Son prix est relativement élevé : il faudra compter environ 50 k€.

Moyens de rétention en extérieur

Noues

Une noue est une sorte de fossé large et peu profond. Souvent utilisée pour l’infiltration des eaux pluviales, elle peut si elle est étanche permettre la rétention des eaux incendie.

Peu profonde, temporairement submersible, avec des rives en pente douce, elle est le plus souvent aménagée en espace vert, mais pas exclusivement. De forme allongée, à rives parallèles ou non, sa forme peut suivre les courbes de niveau et se rétrécir à certains endroits. Un réseau de noue à ciel ouvert peut remplacer un réseau d’eau pluviale enterré avec l’avantage d’une conception simple à coût peu élevé.

Leur entretien implique que les végétaux (roseaux notamment) ne s’y développe pas afin que les racines ne portent pas atteintes à l’étanchéité de la noue.

Prise en compte des réseaux d’eau pluviale

Lors d’un incendie, le réseau d’eau pluviale du site doit systématiquement être isolé. Dès lors le volume des canalisations de rétention fait office de réserve. Selon les sites, ce volume peut être conséquent et devrait être calculé systématiquement. S’il n’est généralement pas suffisant, il contribue à la stratégie de rétention du site.

Rétention en voirie

Cette solution est particulièrement pertinente sur certains sites. Une analyse de la topographie permet aisément d’identifier le potentiel du site et des volumes conséquents peuvent être créés par l’installation d’un simple dos d’âne.

Une attention toute particulière devra cependant être portée aux réseaux d’eau pluviale conduisant toujours l’eau au point bas. L’installation de vannes de barrage serait alors nécessaire.

Il faudra dans cette optique s’assurer que les zones inondées ne soient pas nécessaires à l’intervention des pompiers. De façon pragmatique, on pourra considérer que toute zone en dehors de la voie de desserte est éligible à faire rétention.

Topographie potentielle de rétention d’eau en voirie

Bassin de rétention eaux pluviales / incendies

Un industriel peut être soumis à différents ouvrages de rétention dont il faudra distinguer la finalité. Certains contribuent à la lutte contre les inondations, d’autres à la préservation du milieu naturel.

Le bassin d’infiltration est rencontré sur des sites vastes (généralement supérieur à 2 Ha). Son objectif est de permettre de faire migrer sur site l’eau pluviale vers les nappes phréatiques. Il se caractérise par une profondeur limitée, mais une grande surface occupée. Leur dimensionnement répond à un calcul complexe incluant notamment la pente et la perméabilité du sol.

Les bassins de rétention des eaux pluviales ont pour objectif de lisser le volume d’eau restitué aux réseaux / milieu naturel. Ils se caractérisent généralement par un volume profond et un aménagement paysager. Ils peuvent avoir un double usage dès lors que le volume est étanche et qu’ils sont raccordés à une canalisation de rejet permettant d’isoler le volume de rétention. Ils peuvent alors assurer la rétention des eaux incendie.

Retention ICPE
Rétention eau incendie

Cas de la conversion d’un bassin d’infiltration en bassin de rétention

Une solution parfois envisagée consiste à convertir un bassin d’infiltration en bassin de rétention. Le bassin est divisé en 2 par la création d’une digue positionnée en fonction du volume de rétention souhaité. Le fond de bassin est rendu étanche par la pose d’une membrane. Une canalisation associée à une vanne de sectionnement permet en temps normal à l’eau de rejoindre le bassin d’infiltration. En cas d’incendie, la vanne de sectionnement est activée. En fonction des résultats d’analyses qui seront effectuées sur les eaux d’incendie collectées, ces dernières seront libérées, vers le bassin des eaux pluviales ou seront pompées, en vue de leur élimination conformément à la réglementation par la loi sur l’Eau.

Cette solution revient à réduire la surface du bassin d’infiltration. Convertir un bassin d’infiltration en bassin de rétention peut ainsi revenir sur un site industriel à déplacer le problème : en satisfaisant à l’exigence sur la rétention des eaux incendie, on risque de créer une non-conformité liée à l’infiltration des eaux pluviales.

Son chiffrage est très variable et à effectuer au cas par cas. Il dépend notamment des caractéristiques géométriques de la rétention existante.

Si cette solution est séduisante sur le papier, elle n’est pas à privilégier selon nous.

Rétention enterrée

Cette solution est généralement la plus coûteuse mais toujours possible. Elle peut en effet s’installer sous des voiries lourdes.

Le principe consiste à enterrer des tuyaux de grande longueur et de diamètre compris entre 300 mm et 3000 mm. Ces tuyaux peuvent être en inox ou en polyéthylène. Ce dernier, environ 2 fois plus cher peut être retenu en cas de terres corrosives ou de présence de courants vagabonds (proximité des voies de chemin de fer par exemple). Cette solution est particulièrement pertinente dans le cadre d’un projet neuf avec peu de surface disponible. Le coût est compris entre 150 k€ et 250 k€.

https://www.silix.pro/portfolio_page/bassin-dorage-tubosider-a-bar-le-duc-55/

Moyens de rétentions mobiles

Les moyens de rétentions mobiles permettent d’assurer une rétention des eaux à moindre coût. Non automatisée, la pertinence de ces dispositifs dépend de la faculté de l’exploitant du site industriel à le déployer rapidement.

Rétention souple

La rétention mobile est une membrane qui se « gonfle » sous l’action de l’eau. Elle doit être au préalable mise en œuvre par une équipe formée.

Cette solution présente l’avantage de répondre à des situations inédites (dépassement du volume de rétention) et donc reste pertinente en gestion de crises. Elle peut aussi être envisagée en complément d’un volume de rétention insuffisant ; le temps de remplissage de la rétention devra être raisonnablement inférieur au temps estimé de déploiement du dispositif.

Barrière de rétention type boudin

Ces équipements de rétention présentent un intérêt limité pour réaliser des rétentions à grande échelle. Cependant, ils peuvent être pertinents pour limiter des débits de fuite de certaines portes.

Leur coût dépend de leur diamètre et longueur, mais reste inférieur à 500 €.

Barrière de rétention encastrable manuelle

La barrière de rétention encastrable manuelle est constituée d’un empilement d’éléments métalliques installé entre deux rails. L’étanchéité est assurée par une mise en pression manuelle des éléments.

Ce dispositif est plus couramment utilisé pour prévenir les inondations. Il peut être pertinent à mettre en œuvre notamment pour protéger certains locaux tels que les locaux électriques communiquant avec une zone sprinklée.

Il faut compter entre 2000€ et 9000€ pour s’en équiper.

Barrière de rétention encastrable manuelle

La barrière de rétention encastrable manuelle est constituée d’un empilement d’éléments métalliques installé entre deux rails. L’étanchéité est assurée par une mise en pression manuelle des éléments.

Ce dispositif est plus couramment utilisé pour prévenir les inondations. Il peut être pertinent à mettre en œuvre notamment pour protéger certains locaux tels que les locaux électriques communiquant avec une zone sprinklée.

Il faut compter entre 2000€ et 9000€ pour s’en équiper.

https://www.mt-environnement.com/produits/barrieres-de-confinement/barrieres-manuelles-encastrables

Cet article touche à sa fin et nous espérons qu’il aura contribué à vous sensibiliser sur le risque d’incendie en milieu industriel.

N’hésitez pas à nous contacter pour toute question

Merci à Mathieu Da Silva pour cet article et Louis LE MENE qui à grandement contribué à la rédaction de cet article lors de son stage à ATOSSA !


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